L’agriculture française menacée par le Coronavirus

Coronavirus : pourquoi l’agriculture française est menacée.

Depuis quelques semaines, la crise du Coronavirus paralyse la France et son économie et de nombreux domaines peinent à fonctionner normalement. Parmi eux, un secteur est particulièrement touché : l’agriculture. Les maraîchers français font face à de grandes difficultés liées à l’épidémie qui menacent leurs activités.

Une baisse drastique de la demande 

Dans les jours suivant l’annonce du confinement par Emmanuel Macron, les français se sont rués dans les supermarchés afin de faire des réserves de nourriture. Cependant, la grande majorité d’entre eux, pris par un élan de panique, n’ont acheté que des denrées non périssables, délaissant les produits de saisons. 

Certains maraîchers craignent de devoir se débarrasser de ces produits, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour eux. C’est le cas de Jean Bélenguier, un maraîcher des Bouches-du-Rhône interrogé par l’Agence France Presse qui craint de devoir jeter des fraises et asperges à cause du manque de demande.

A cette peur de ne pas vendre vient s’ajouter un autre problème : la fermeture des marchés. En réponses aux images de personnes affluant dans les marchés alimentaires en dépit du confinement, le gouvernement a adopté un décret le 23 mars qui interdit les marchés, sauf s’ils répondent à un besoin d’approvisionnement de la population. En effet, de nombreux marchés faisaient se regrouper des personnes dans des espaces clos, en négligeant les règles sanitaires et en mettant ainsi en danger les consommateurs. Cela pose une difficulté de plus pour certains agriculteurs qui vendent la majorité de leurs produits sur les marchés.

La présidente de la fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Christiane Lambert, s’est exprimée à ce sujet au micro de France Info le 23 mars. Elle demande la réouverture des marchés dans le respect des conditions de sécurité, sans quoi elle estime que ce sera une « catastrophe » pour les producteurs locaux. Elle appelle également les français à « favoriser le patriotisme alimentaire le plus possible ». Plutôt que d’acheter des fruits ou légumes qui viennent de l’étranger, il faut privilégier les produits français pour maintenir l’économie et les emplois.

Le gouvernement souhaite que le patriotisme alimentaire soit également appliqué par les grandes surfaces. Sur Twitter, le ministre de l’économie et des finances Bruno Lemaire écrit le 24 mars : « A la suite de la décision de fermer les marchés ouverts, j’appelle la grande distribution à s’approvisionner en produits français pour soutenir nos agriculteurs. » Si les magasins de redistribution alimentaire proposaient plus de produits français, les agriculteurs seraient assurés d’écouler leurs stocks malgré la fermeture des marchés. 

Le manque de main d’œuvre 

Le secteur de l’agriculture emploie en temps normal environ 200 000 saisonniers étrangers qui viennent majoritairement de l’Union européenne et du Maghreb. Mais dans le contexte du Coronavirus, cette main d’œuvre a soit été contrainte de rester dans son pays, soit a décidé de ne pas venir en France. Les agriculteurs se retrouvent alors avec des fruits ou légumes de saisons qui arrivent à maturation, sans personne pour les ramasser.

Cela pose également problème pour les produits qui sont de saison en été, les melons ou les tomates par exemple, et qui nécessitent d’être plantés maintenant. S’ils ne le sont pas, les maraîchers ressentiront une perte de chiffre d’affaire sur toute l’année, même une fois le confinement terminé.

De plus, certains salariés en France qui travaillent dans les entreprises de transports ou dans la grande distribution font valoir leur droit de retrait. Le secteur de l’agriculture est directement impacté puisque si les maraîchers parviennent à produire des aliments, la chaine d’approvisionnement peut se rompre au niveau du conducteur de camion, du gestionnaire de stock de la grande surface, etc. Le cas échéant, les produits ne pourront pas être acheminés dans les rayons des supermarchés, ce qui aura une répercussion négative sur les revenus de l’agriculteur ainsi que sur l’offre proposée aux consommateurs.

Pour remédier à ce manque de main d’œuvre, Didier Guillaume, le ministre de l’agriculture, a appelé le 24 mars sur BFMTV « la grande armée de l’agriculture » à se mobiliser. Il demande aux personnes qui ne travaillent pas, aux personnes au chômage partiel à cause du confinement, aux étudiants, d’aller dans les champs pour venir en aide aux agriculteurs français. Il estime que dès à présent, 200 000 emplois sont à pourvoir. Cette initiative permet aux maraîchers d’obtenir de l’aide dans les champs pour récolter les fruits et légumes, mais également aux personnes qui ne peuvent plus travailler à cause du confinement de gagner un salaire.

Interrogé par le Dauphiné libéré le 24 mars, le ministre de l’agriculture a souligné le fait que la France traversait une crise sanitaire, qui est également une crise économique, mais que la crise alimentaire pouvait être évitée si le pays se mobilise pour aider les agriculteurs français. Il rassure enfin en disant « qu’il n’y aura pas de pénurie alimentaire ». 

Cette crise du Coronavirus touche un secteur de l’agriculture déjà en grande difficulté. Si la production agricole française est la première en Europe devant l’Italie et l’Espagne le nombre d’emploi en France dans ce domaine est passé de 770 000 personnes en 2007 à 410 000 personnes en 2018. En 2019, la production agricole française en valeur diminue encore de 2% (chiffres de l’Insee et du ministère de l’agriculture). Les difficultés liées à l’épidémie de coronavirus ne font qu’aggraver la situation d’une agriculture française en crise depuis 25 ans.

F.S

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