Suite à l’hommage à Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné par un terroriste, Emmanuel Macron clamait le droit de caricature que ce soit le prophète de Mahomet ou non. Des propos qui sont très mal passés dans certains pays du monde musulman qui ont appelé à boycotter les produits français. Les hashtags se sont multipliés #Boycott_France_Products soutenus par le président turque, Erdogan. Au Qatar, les chaînes de distribution ont retiré les produits français des rayons. Au Koweït, des distributeurs ont vidé les rayons des produits français tels que les fromages ou encore les produits de beauté. Et plus de 430 agences de voyage ont suspendu toute réservation de vols vers le France.

Le boycott marchand est la décision de ne pas acheter un produit ou de déserter un lieu en signe de protestation et dans le but d’exercer une pression économique sur l’accusé. Redoutable moyen de pression, le boycott est un usage que chacun peut appliquer pour protester contre une marque, un produit, les industriels ou même les gouvernements. Par sa nature, il est simple d’y participer, car il n’est pas nécessaire d’avoir les moyens financiers ou le temps pour : il suffit de ne pas s’intéresser et de ne pas acheter l’élément boycotté. Avec les réseaux sociaux, les boycotts prennent de l’ampleur et rallient souvent un nombre suffisant de personnes pour être audible. Entre les hashtags et les lives, l’appel circule plus vite et à travers le monde. Les gens ont plus facilement accès à l’information et peuvent se renseigner sur la cause. Et oui, le succès du boycott dépend du degré de mobilisation et de l’étendue des soutiens à l’action.

Des boycotts qui se multiplient à l’heure des réseaux sociaux
Boycott méconnu en France, mais qui a été largement relayé sur les réseaux sociaux en Asie et tout particulièrement en Chine : Dolce & Gabbana, suite à des accusations de racisme. Dans un spot publicitaire, on pouvait y voir un mannequin chinois qui se démenait pour manger une pizza avec des baguettes. Les internautes et chinois se sont insurgés contre cette publicité, qualifiée de raciste, qui dessinait les Chinois comme des ignorants. Les consommateurs chinois sont des acteurs importants pour les marques de luxe comme Dolce & Gabbana : ils ont dépensé en moyenne plus de 100 milliards de dollars pour des produits de luxe l’an dernier, ce qui représente 1/3 du marché global. Karry Wang, chanteur très populaire en Chine et ancien ambassadeur de la marque en Chine, a rejoint le mouvement et a résigné son contrat avec la marque publiquement sur le réseau social Weibo. Chen Estelle, une mannequin sino-française du groupe Elite Model Management ayant déjà défilé deux fois pour Victoria Secret, a aussi appelé au boycott de la marque sur Instagram déclarant que “les Chinois ne dépenseraient pas un centime pour une marque qui ne respecte pas les valeurs et la culture chinoises”. Ce à quoi s’ajoutaient les vidéos de produits de luxe de la marque brûlés et jetés à la poubelle. De nombreux magasins ont arrêté de vendre les produits de la marque. Il y eut aussi des appels dans d’autres pays asiatiques qui se sentaient concernés par la stigmatisation et la tournure en ridicule de coutumes asiatiques similaires à celles chinoise. Avant que cela ne prenne autant d’ampleur, Stefano Gabbana et Domenico Dolce (fondateurs de la marque) avaient simplement déclaré que c’était “malheureux” que la publicité ait été si mal reçue. Cependant, face à l’importance qu’a prise le mouvement, ils ont dû annuler leur défilé à Shanghai et ont posté une vidéo où ils s’excusaient publiquement auprès des Chinois pour leur offense.

Il y a aussi le mouvement contre la répression des Ouïgours qui a mené différents boycotts. De nombreuses marques ont été incriminés d’avoir travaillé avec des usines chinoises qui forcent des membres de la communauté Ouïgours, minorité musulmane en Chine. Elles seraient 83 grandes marques dont Apple, Nike, Lacoste, H&M, Nintendo ou encore Adidas. Raphaël Glucksmann, député européen qui partage l’avancée du combat sur les réseaux sociaux, y dresse un tableau contrasté. Nike a ainsi refusé leurs “exigences visant à mettre fin à l’esclavage des musulmans Ouïghours”. Tandis qu’Adidas a déclaré s’engager à “cesser toute activité avec des fournisseurs et sous-traitant impliqués dans l’exploitation des travailleurs forcés Ouïghours”. Sur les réseaux sociaux, l’appel au boycott n’a pas vraiment pris : les magasins continuent de vendre les produits des marques impliquées et celles-ci n’ont pas encore toutes répondu aux accusations qui leur sont portées. Parallèlement, Disney a été mis en cause suite à son film “Mulan” qui a été majoritairement filmé dans le Xinjiang là où se tiennent majoritairement les camps d’Ouighours. À travers la Thaïlande Hong Kong ou encore Taiwan, le film est boycotté. Toutefois, il faut noter que le film fait face à un boycott en lien avec d’autres revendications politiques, ce qui peut expliquer l’impact plus important sur cette production.

À l’inverse : le pouvoir d’acheter pour la cause
Jimmy Lai, fondateur du journal pro-démocrate l’Apple Daily, a été arrêté dans la salle de rédaction le lundi 10 août suite à la Loi sur la Sécurité nationale de Hong Kong. Il est accusé de collusion avec des forces étrangères et a été depuis relâché sous caution. Le lendemain de son arrestation, le journal déclarait avoir produit plus de 550 000 copies contre ses 70 000 habituelles et appelait les citoyens hongkongais à montrer leurs soutiens à la cause démocrate en achetant les exemplaires. Le titre du journal du jour était “Apple Daily must maintain its operations” (En français : Apple Daily doit poursuivre son travail.), condamnant les actions de la police et voulant protéger la liberté de la Presse à Hong Kong. Pour que le plus grand nombre de Hongkongais puisse se procurer le journal, certains payaient plus cher ou acheter des lots afin que d’autres n’aient pas à dépenser de l’argent pour et soient certains d’avoir leur exemplaire. De nombreux Hongkongais déclaraient que même s’ils n’étaient pas des lecteurs habituels, ils se devaient d’acheter cette édition où on pouvait voir Jimmy Lai menotté en première page . Dans la semaine, le nombre de nouvelles souscriptions en ligne a atteint les 20 000 dont plus de 3 000 venant de l’étranger. Les actions de la compagnie mère, Next Digital, se sont envolées atteignant un taux de plus 1,100% a Hong Kong. L’action a fini à 1,10$ HK soit le quadruple de sa valeur la veille. De nombreux Hongkongais déclaraient que même s’ils n’étaient pas des lecteurs habituels, ils se devaient d’acheter cette édition où on pouvait voir Jimmy Lai menotté en première page.

Aux États-Unis, il y a eu le mouvement Black Lives Matter (En français : les Noires comptent.) en réponse à la mort de George Floyd qui a fait renaître le mouvement “Black owned Business” (En français : les marquées possédées par des noirs). À travers, les réseaux sociaux, de nombreux influenceurs et personnalités publiques ont appelé à consommer auprès des entreprises possédées par la communauté noire. Ces commerces qui ne représentaient que 2 % des 5,7 millions de commerces américains en 2017 d’après le Bureau de Recensement. Alors contre ce système jugé discriminatoire, le but de ce mouvement est de choisir à qui on donne notre argent et de chercher à soutenir l’économie des commerces de la communauté noire. Ces commerces qui ne représentaient que 2 % des 5,7 millions de commerces américains en 2017 d’après le Bureau de Recensement. Alors que les appels à une consommation responsable, les recherches se sont multipliés et Google a décidé d’enregistrer les commerces tenus par des Afro-américains. Plus qu’une tentative de justice économique, le mouvement a permis d’apporter de l’intention à ces commerçants pendant la crise du covid-19 et on l’espère, dans les années à venir.

Et après ?
De nombreux spécialistes et politiques tentent de mesurer l’impact du boycott des produits français dans le monde arabe. Cependant, il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur des conséquences ou même l’efficacité du mouvement qui se mesurera aussi dans le temps. En tout cas, bien que ce pouvoir d’acheter ou de ne pas acheter reste limité et reste majoritairement un enjeu symbolique, il tend à se populariser et est un moyen d’expression du peuple dont on ne pourra lui soustraire le droit.

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