Tandis que la deuxième vague épidémique submerge la France et les pays Occidentaux, la Chine, quant à elle, reprend ses habitudes économiques et fait repartir la croissance.

Économie de la république populaire de Chine — Wikipédia

Venez voir mes voitures

C’est une image forte, irréelle en cette période épidémique, qui nous parvient de Chine : le Salon de l’Auto, maintenu dans des villes comme Pékin, Shanghai ou même Wuhan. Pardon, ai-je bien lu ? En effet, comme si la pandémie n’avait jamais existé, les différents concessionnaires se pressent pour présenter leurs tout nouveaux modèles à la population chinoise, fascinée et ravie d’enfin revoir quelques êtres humains s’adonner au sport si traditionnel de la vente.

Inconscience ? Immaturité de la part de la République populaire de Chine ? Rien de tout cela. Un anéantissement du risque épidémique grâce à de fortes mesures ayant endigué la propagation du virus. Dès le début de la pandémie, le gouvernement chinois met en place une surveillance stricte et un contrôle de la mobilité dans les quartiers et les villes les plus touchées. A titre d’exemple, Wuhan fut totalement confinée, coupée du monde pendant 78 jours, presque 3 mois. En somme la Chine a fait en sorte, par les moyens drastiques qu’elle a mobilisés, que le confinement soit respecté de manière stricte par la population chinoise. Une façon de penser qui nous rappelle tendrement notre chère France…

Le secteur automobile comme marqueur du rebond économique

Le secteur automobile importe à la République populaire, et pour cause, la Chine est devenue ces dernières années le plus grand marché automobile mondial. Autant dire que le secteur est crucial. En août, les ventes avaient rebondi avec une progression de + 8,8%, progression la plus rapide dans le domaine depuis 2018. A la différence de la France qui conseille désormais fortement l’achat de voitures dites « écologiques » (électrique, hybride…) sous peine d’une fiscalité de moins en moins avantageuse, la Chine, pour relancer l’économie, a conservé toutes les règles du marché déjà en vigueur avant l’épidémie. Stratégie payante.

Un total de 1,992 million de voitures ont été vendues le mois dernier, selon le CPCA (Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles). Plusieurs catégories de voitures composent ces ventes, allant du luxueux (+ 30% sur un an) à l’électrique (+ 11% sur un an), chiffres selon LePoint.

Qu’en est-il des autres secteurs ?

Une économie qui donne espoir

L’espoir d’un rebond économique rapide. C’est l’image qu’inspire la Chine auprès des pays occidentaux engagés dans une récession économique très difficile à encaisser, notamment après l’annonce de la deuxième vague. Autant dire que le moral des agents économiques français, européens et américains est au plus bas. Mais pas en Chine.

Selon les prévisions du Fond Monétaire International, la Chine devrait être la seule nation à poursuivre son expansion économique en 2020. Prouesse que ni les États-Unis, ni l’Europe ne parviendront à réaliser. La Chine marque des points, se place en tête de la domination économique post-Covid19 grâce à une meilleure maîtrise interne de l’épidémie.

Dès avril, le gouvernement chinois a profité des mesures de confinement dans les pays étrangers pour exporter massivement du matériel médical (masques, machines, lits…) aux pays en difficulté. Ces mesures ont contribué à renforcer le secteur industriel de leur économie, indispensable au bon fonctionnement global du pays.

En parallèle, et dans une démarche de dépendance commerciale et financière, la République populaire de Chine a également profité du plongeon économique dans certains pays pour proposer des plans de relance à la consommation. D’un côté, la Chine augmente ses importations. De l’autre, elle contribue à sa politique de contrôle commercial et international dans les pays qui nécessitent de l’aide, notamment en Afrique. Double-jeu, coup de maître.

Et dans le pays ?

Le propos est néanmoins à nuancer. En effet, si le PIB a progressé de 4,9% au troisième trimestre de l’année en cours, l’absence de filet social dans le pays rend la situation précaire pour de nombreux chinois. La croissance est insuffisante pour stopper de manière efficace le chômage de masse qui sévit à l’intérieur des terres de l’Empire du milieu.

Rien ne garantit que la consommation conserve sa stabilité sur le long-terme, d’autant plus que l’endettement devient de plus en plus inquiétant.

Quelles répercussions ?

A l’heure où tous les pays se focalisent sur leur gestion sanitaire de l’épidémie, la croissance économique de la Chine qui contraste fortement avec les autres économies majeures laisse des questions en suspens, notamment concernant les futures tensions internationales sur un plan commercial.

Depuis 2016, la Chine et les États-Unis sont engagés dans une guerre commerciale tendue. Au-delà des seuls américains, de nombreux pays reprochent à la Chine leurs pratiques commerciales déloyales, ainsi qu’irrespectueuses des règles internationales : dumping, non-respect des normes environnementales, non-respect des droits humains, subventions massives soupçonnées… et j’en passe.


L’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis permettra peut-être d’apaiser légèrement les tensions existantes entre les deux nations. Seul le temps nous le dira. L’Europe promet également d’adopter une position plus ferme envers la Chine, sous peine de dépendance économique trop importante. L’avance qu’a prise la Chine pourrait conduire à raviver les risques d’une potentielle guerre commerciale, mais qui prendrait cette fois-ci, une possible ampleur mondiale.

Par Pierre Karst, le 10/11/2020

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