Le Coronavirus plonge la France dans la pire récession depuis 1945

Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, a déclaré le 6 avril 2020 à la Commission des affaires économiques du Sénat que la France allait entrer dans sa pire période de récession depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale.

Une crise sous-estimée

Les premières estimations du gouvernement n’étaient pourtant pas si pessimistes. Interrogé le 13 février par Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, Bruno Le Maire avait déclaré qu’en estimant que le pic de l’épidémie était presque atteint, « l’impact sera de l’ordre de 1 point de croissance en moins sur l’année pour la Chine. Ce qui voudra dire 0.2% de croissance en moins au niveau mondial et 0.1% de croissance en moins pour la France. » L’impact était présent, non négligeable, mais la prédiction est bien inférieure à ce que le pays est en train de subir.

En effet, l’enlisement de la crise sanitaire et la mise à l’arrêt brutale de l’économie suite aux mesures de confinement ont prouvé que les conséquences économiques étaient bien réelles et plus grave que prévues. 

Le changement de ton du gouvernement est corroboré par le point de conjoncture de la Banque de France paru le 8 avril. En effet, l’institution estime que le PIB français a chuté de 6% sur le premier trimestre de 2020 – bien loin de l’estimation 2 mois auparavant – ce qui représente la pire performance depuis 1945. 

Alors que l’Elysée a annoncé que le confinement serait prolongé au-delà du 15 avril, date initiale de fin prévue par le gouvernement, la Banque de France ajoute que chaque nouvelle quinzaine de confinement entrainerai une perte proche d’1.5% du PIB annuel. Il est aujourd’hui impossible de connaître avec certitude l’ensemble des conséquences désastreuses qu’aura la crise sur l’économie.

La pire récession depuis 1945

La France a connu plusieurs récessions depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En effet, en 1975 et en 1993, le PIB français avait chuté mais la baisse enregistrée n’a jamais été supérieure à -1%. L’ancienne pire récession depuis 1945 était celle qui avait suivi la crise des subprimes. L’Insee avait alors relevé une chute de 2.2% du PIB. 

Cette dernière crise économique avait déjà eu des conséquences néfastes. La production de l’ensemble de l’économie française, en constante augmentation depuis 1949, avait chuté de 5.0%. Les effectifs en équivalent temps plein des services marchands avaient subi une baisse de 4.1%, soit une perte de 200 000 emplois. Un ralentissement de 2.2 points du revenu disponible des ménages avait également été observé (chiffres de l’Insee).

Les mesures prises par le gouvernement pour ralentir la crise

Pour éviter que l’économie française, qui peine à se relever de la crise de 2009, ne sombre encore plus, le gouvernement tente de sauver les entreprises françaises de la faillite pour maintenir l’emploi.

L’une des solutions exploitées est le chômage partiel. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, indique sur son compte Twitter le 8 avril que 586 000 entreprises et associations ont obtenu le chômage partiel pour leurs salariés, soit un total de 6.3 millions de personnes concernées. Les enjeux de cette mesure inédite en termes de nombre de salariés touchés – en 2009 le pic du nombre d’entreprises bénéficiant de cette aide ne dépassait pas les 300 000 – sont de protéger l’emploi et les salariés et d’éviter les vagues de licenciements.

Une autre mesure prise par le gouvernement est le report des charges fiscales et sociales pour les entreprises qui le souhaitent. Interrogé à ce sujet dans le JT de 20h de France 2 le 8 avril, Bruno Le Maire a précisé les modalités d’applications de la mesure. Ainsi, les charges fiscales et sociales de mars et d’avril 2020 peuvent être reportées pour les entreprises qui le demande. Le problème que vont rencontrer les petites entreprises à la sortie du confinement est qu’elles n’auront pas la possibilité de payer les charges puisqu’elles n’auront eu aucune rentrée d’argent pendant plusieurs semaines. La solution présentée par le ministre est la possibilité d’annuler les charges, dans le cas où le remboursement menace la disparition de l’entreprise.

L’objectif de toutes ces mesures est de permettre aux entreprises, plus précisément aux TPE et PME, de rebondir lors du déconfinement et ainsi de relancer l’activité économique.

La crise économique liée à l’épidémie de coronavirus est véritablement inédite. Esther Duflo, prix Nobel d’économie en 2019, précise au micro de Quotidien que « la crise économique qu’on vit aujourd’hui n’est pas le produit de dysfonctionnements fondamentaux, elle est le produit de la nécessité de s’arrêter à cause de la situation sanitaire ». Contrairement aux précédentes récessions, il est difficile de prédire le comportement de l’économie française lorsque l’activité va reprendre. Le scénario optimiste pour Esther Duflo « c’est celui où le jour où on peut la remettre en route (l’économie, ndlr), elle se remet en route comme une machine se remet en route. »

F.S

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