Hong Kong entre Pékin et enjeux économiques

Ancienne colonie britannique, Hong Kong qui se situe au sud-est de la Chine est la troisième place boursière d’Asie avec un PIB de 363 milliards de dollars – équivalent à celui de l’Afrique du Sud. La ville n’est pas seulement réputée pour être un centre financier mondial, mais aussi pour être un espace de revendications pro démocrates. La région chinoise jouit d’une semi-autonomie avec un système juridique indépendant de celui de la Chine, de ses propres lois, de sa propre monnaie, de son propre système fiscal et d’une liberté d’expression inconnue en Chine continentale. Alors que Hong Kong est censée être sous le statut unique “Un pays, deux systèmes” jusqu’en 2047, Pékin ne cesse d’abattre son emprise sur celle-ci provoquant les ferveurs révolutionnaires de la jeunesse hongkongaise. Cela donna naissance aux manifestations de 2019 d’une ampleur inédite paralysant la ville pendant presque un an et perturbant sa prospérité économique. La croissance du PIB de la ville est passée de 1,2% au dernier trimestre de 2018, à 0,5% au deuxième trimestre de 2019, d’après le département de statistiques du gouvernement. Et puis arriva le covid-19 début 2020 : les manifestations et la ville se sont alors éteintes. Quand Hong Kong s’est réveillée, Pékin l’attendait au pied de garde avec une nouvelle loi : la Loi sur la sécurité nationale.

La Loi de la sécurité nationale, le levier d’une reprise en main politique et économique chinoise

De son nom officiel : la loi de la République populaire de Chine sur la sauvegarde de la sécurité nationale dans la région administrative spéciale de Hong Kong. Celle-ci fut acclamée comme “ l’événement le plus important entre le gouvernement central et Hong Kong” par Carrie Lam, cheffe de l’exécutif local. Le texte proclamé le 30 juin lors de l’Assemblée nationale populaire chinoise vise à punir tout acte de trahison, de sécession, de collusion avec des forces étrangères ou de subversion. Cette loi est un outil de Pékin pour faire régner l’ordre après les manifestations de 2019 : ainsi soutenir l’indépendance de Hong Kong est désormais illégal dans la région. 

Pékin compte bien l’appliquer fermement que ce soit à travers les manuels scolaires ou sur internet, concernant aussi bien les Hongkongais que les ressortissants étrangers. Dans le monde des affaires, la Loi de la sécurité nationale ne semble pas inquiéter particulièrement. Peter Wong, directeur général de la branche Asie-Pacifique de la banque britannique HSBC, a montré son soutien à Pékin félicitant le retour au calme dans les rues hongkongaises et a signé une pétition allant dans ce sens. HSBC n’a pas tardé à prendre le pas de son directeur général et a déclaré respecter toute loi maintenant stabilité et ordre social à Hong Kong. Un autre géant bancaire britannique est sorti de sa neutralité politique pour approuver la nouvelle loi : Standard Chartered. Cet argument de stabilité politique a encore été repris par le président de JK Capital Management défendant que l’ordre doit s’obtenir par “n’importe quel moyen” pour le bien d’un marché financier. La loi serait alors un instrument contribuant à restaurer le calme à Hong Kong, durement touchée lors des manifestations de 2019. De nombreux employés ont pu retourner à Hong Kong grâce à la Loi sur la sécurité nationale car la ville était redevenue calme, déclare Liu Guohong, le directeur du Département des finances et des industries modernes affilié à l’Institut du développement de Chine basé à Shenzhen. 

Le monde des affaires hongkongais doit-il craindre Pékin ?

Pour rassurer les entrepreneurs étrangers et diplomates, Carrie Lam et Xie Feng, commissaire au ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine à Hong Kong, argumentent qu’il n’y a aucune raison de paniquer. Le texte ne concernant qu’une poignée de délinquants, en avoir peur n’a pas lieu d’être. Cependant leurs discours n’ont pas convaincu tout le monde. Selon un sondage de la Chambre de Commerce américaine qui regroupe 180 entreprises à Hong Kong : 53,5% d’entre elles se déclarent très concernées par la nouvelle loi et 30% modérément concernées. 

Hong Kong était connu pour son système judiciaire transparent ce qui inspirait la confiance de nombreux investisseurs. C’est pourquoi l’influence de Pékin est particulièrement accueillie avec méfiance. Pour Jimmy Lai, figure du camp pro démocratique et fondateur du journal Apple Daily, Hong Kong perd sa légitimité sans état de droit. La question qui se pose est la neutralité du système hongkongais face à la suprématie des tribunaux chinois. La Loi sur la sécurité nationale reste assez floue dans ce qu’elle considère illégal et beaucoup redoutent que l’indépendance de Hong Kong, centre d’arbitrage de nombreux règlement des conflits, ne vacille sous le commandement du parti communiste chinois. En Chine, ce n’est un secret pour personne : le système légal n’est pas indépendant, il n’existe pas de séparations de pouvoir et le parti a les pleins pouvoirs. Amnesty International a récemment pointé du doigt la “forte pression” qu’émet Pékin sur les entreprises pour adhérer à son programme et idéologie. Cela concerne autant les petits commerces comme les librairies qui se sont vus inspectées et confisquées des œuvres jugées illégales, que les grands groupes du secteur de l’Internet désormais obligés de retirer toute information et de fournir une assistance pour déchiffrer des données.

Les avis sont encore divisés sur les conséquences économiques de la Loi sur la sécurité nationale. Est-ce que les multinationales vont être tenté de quitter Hong Kong ? Le risque est faible car la région reste un important hub financier et commercial. Elle est un atout pour plus de 300 groupes internationaux qui possèdent un siège national dans la région exportant avec l’Asie du sud-est. L’exode massif d’entreprises étrangères n’est pas à craindre car très peu d’entreprises s’impliquent politiquement et continuent de faire leurs petites affaires tant qu’elles marchent. Même si on peut noter que certaines, pas des moindres, comme TikTok ont décidé de suspendre leurs activités à Hong Kong. TikTok, propriété de ByteDance basée en Chine, s’est retirée du marché hongkongais dès le 6 juillet ne voulant pas accès aux demandes du gouvernement chinois telles que la censure de certains contenus ou l’accès aux données des utilisateurs. Facebook, Twitter, Google ont également décidé de suspendre le traitement des demandes gouvernementales concernant les utilisateurs dans la RAS afin d’analyser la Loi sur la sécurité nationale.

Mobilisation internationale et sanctions économiques contre Pékin 

Le texte a déclenché de vives réactions dans le monde occidental qui dénonce en grande majorité le non-respect du principe “d’un pays, deux systèmes”. A la suite de la proclamation du texte de loi ; le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et les Etats-Unis ont tenu une réunion informelle de sécurité de l’ONU. Ce à quoi Pékin a répondu que l’ONU n’était pas un outil à utiliser à leur bonne volonté et que toute ingérence dans les affaires de la Chine était à proscrire. Cela ne les a pas empêchés de mettre en place, entre autres, des sanctions économiques à l’encontre de Pékin.

Mike Pompeo, secrétaire d’Etat des Etats-Unis, ne ternit pas de critique à l’égard de cette loi. Il a déclaré que “les Etats-Unis ne resteront pas les bras croisés pendant que la Chine engloutit Hong Kong dans sa gueule autoritaire”. C’est pourquoi les Etats-Unis ont décidé de supprimer le statut commercial spécial de Hong Kong, même si en réalité cela n’a pas grand impact étant donné que le commerce avec les États-Unis ne représente qu’une petite partie de l’économie de Hong Kong. Les Etats-Unis ont aussi décrété que le “Made in Hong Kong” n’existerait plus et que désormais cela devait être remplacé par “Made in China” soulignant le pouvoir de Pékin surpassant celui de Carrie Lam. Ces mesures n’ont pas réelles incidences sur Pékin et nous attendons de voir quels seront les prochains coups de Washington à Pékin. Évoquée mais pas appliquée, serait une sanction d’ordre financier : mettre fin à la convertibilité du dollar hongkongais vers le dollar américain, ce qui déclencherait sans aucun doute des sorties de capitaux.

Pour ce qui est de l’Union Européenne, après quelques vagues sermons, les 27 ont décidé de suspendre les exportations d’équipements “sensibles” utilisables pour la surveillance et la répression vers Hong Kong. Cela englobe les outils de cybersurveillance, les armes, les canons à eau, les caméras et logiciels de surveillance. Cette prise de position met en pause les discussions de l’accord sino-européen sur l’intégration des entreprises européennes en Chine, accord qui devrait être historique mais qui est en cours de discussion depuis plus de sept ans déjà. Les échanges risquent de prendre plus de temps que prévu. 

Comme on a pu le voir, il est encore tôt pour mesurer les conséquences économiques de la Loi de la sécurité nationale de Hong Kong. Les avis et critiques divergent, sans oublier la crise du covid-19 qui joue aussi dans le futur économique de la région. On ne peut qu’espérer qu’Hong Kong sera se reconstruire, tiraillée entre sa jeunesse aux idées démocrates, l’influence autoritaire et patriotique de Pékin et la guerre commerciale sino-américaine.

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