Liban : la crise économique et sociale s’envenime

Le 7 mars dernier, le Liban est officiellement entré en faillite. Le pays ne peut plus rembourser ses dettes. Avec la pandémie de coronavirus, la situation économique et sociale s’est aggravée et a déclenché des affrontements entre l’armée et la population dans certaines villes du pays.

Les racines de la crise

Pour rappel, le Liban est l’un des rare pays encore soumis au régime des changes fixes. Le cours de la livre libanaise (LBP) est fixé par rapport au dollar par la Banque du Liban (BDL). 1 dollar américain correspond à 1 507 livre libanaise. Ce régime de change a pourtant été officiellement abandonné en 1976 par tous les pays occidentaux après l’échec du système de Bretton-Woods. En cause, les fluctuations du dollar que les Banques centrales de parvenaient plus à arrêter. Au Liban, le fait que l’économie soit petite et ouverte fait défaut, puisque ce contexte n’est pas favorable au maintien d’un taux de change fixe. Les politiques financières du gouvernement ont échoué et engendré un déficit de la balance des paiements. En d’autres mots, le Liban doit puiser dans les réserves nationales afin d’assurer l’équilibre de cette balance. 

Toufic Gaspard, économiste de renom et spécialiste du Liban, a analysé les origines de la crise économique et financière dans son article « Lebanon : Anatomy of a Currency Crisis » publié dans Middle East Transparent. L’auteur soutient l’idée que la crise Libanaise n’est pas uniquement la conséquence du déficit fiscal et de la dette du gouvernement, mais qu’elle est également due à la mauvaise politique monétaire de la Banque du Liban. La BDL souhaitait accumuler des réserves dans le marché des changes pour maintenir le taux de change de sa monnaie. Ce choix de politique, justifié dans un marché des changes fixes, a néanmoins été mis en œuvre de telle manière qu’il a aggravé la dette de la BDL. En effet, de nombreux fonds en dollars ont été empruntés aux banques locales avec des taux d’intérêts trop élevés, causant la dette d’être estimé à plus de 87 milliards de dollars en 2019. 

Une balance des paiements déficitaire, couplée à une hausse de la dette, ont provoqué une dépréciation de la livre libanaise dans le marché des changes. Néanmoins, le gouvernement tente de masquer la crise en maintenant le taux de change officiel. Ainsi, la LBP a dépassé le seuil des 4 000 livres pour un dollar américain, tandis que le taux officiel reste inchangé à 1 507 livres. 

Enfin, un facteur aggravateur de la crise que traverse le pays est la corruption. Ce fléau berce le Liban depuis la fin de la guerre civile en 1990. La corruption fait rage dans toutes les branches de la société, et même dans le gouvernement. L’ONG Transparency International rend chaque année un rapport concernant la corruption dans les pays. Le score de 0 est attribué aux pays les plus corrompu, et 100 aux pays les moins corrompus. En 2018, le Liban a obtenu le score de 28. En comparaison, la France est notée 72/100. Le score du Liban, qui le place dans les pires pays, illustre la place qu’occupe la corruption dans la société libanaise. Le gouvernement est sans cesse bousculé par des scandales qui déstabilisent le fonctionnement du pays et ont d’inévitables répercussions économiques.

Le Liban en faillite

Depuis quelques mois, le pays est au bord de la faillite. La monnaie perd de sa valeur et le pouvoir d’achat diminue drastiquement. La pandémie de coronavirus et les mesures prises par le gouvernement libanais pour lutter contre n’ont pas atténué la crise économique, au contraire. 

Le gouvernement n’a eu d’autres solutions que de voter à l’unanimité le 7 mars le non-paiement de la dette en devise. Le Liban se retrouve pour la première fois de son histoire en situation de défaut de paiement. Les investissements étrangers vont chuter, faute de confiance envers le pays qui n’est pas parvenu à rembourser sa dette.

La faillite s’accompagne d’une inflation inéluctable. Le ministre de l’économie Raoul Nehmé a rapporté une hausse globale de 55% des prix. Cette baisse du pouvoir d’achat a ravivé les tensions populaires et la méfiance envers le gouvernement.

« Une explosion sociale inévitable »

Ces derniers jours, des milliers de libanais ont bravé les consignes de confinement et sont descendus dans les rues du pays. Ils dénoncent la corruption et le manque d’action du gouvernement face à la crise. Mais les manifestations ne sont pas restées pacifiques et des heurts ont éclaté entre l’armée et des manifestants anti-pouvoir dans le nord du pays. Des images montrent des soldats tirant avec des M-16 dans le ciel pour dissuader la population de sortir.

Hassan Diab, le premier ministre vivement critiqué par l’opinion publique, a déclaré avoir entendu « le cri des gens » face à l’aggravation « à une vitesse record de la crise sociale ». Il condamne cependant « tout vandalisme ».

Interrogé par l’AFP, l’économiste Sami Nader a affirmé que le Liban se dirige vers « une explosion sociale inévitable, avec une monnaie ayant perdu près de 200% de sa valeur et une forte baisse du pouvoir d’achat. »

Foucault Séchet 

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