Quels sont les enjeux d’un bon financement ?
Une campagne présidentielle américaine coûte chère, très chère. D’après le Center for Responsive Politics (CRP), plus de $23 milliards ont été récoltés en 2016. Quant aux élections au Congrès, un siège est estimé à $6,5 milliards. 

Les campagnes présidentielles américaines sont des travaux conséquents et durent longtemps. Entre le premier débat des primaires, le 26 juin 2019, jusqu’au 3 novembre 2020, jour de l’élection, il se passe 496 jours. 496 jours pendant lesquels les candidats s’affrontent et cherchent à remporter le cœur des électeurs. Et c’est toute cette manœuvre démocratique qui finit par coûter cher, car convaincre 328 millions d’Américains n’est pas chose aisée. 

Pour être nommé par un parti politique dans le but de concourir pour le poste de président, le candidat doit être éligible et cela passe, entre autres, par sa capacité à lever des fonds. Il doit montrer un support public. Il a l’obligation de récolter $5, 000 dans plus de 20 états différents soit plus de $100 000 au total. De plus, il lui est imposé une limite quant aux fonds personnels qu’il souhaiterait investir qui est de $50 000.

Et ce n’est que le début. Ensuite, il faut investir pour se faire un nom auprès des Américains. Il faut que les Américains voient, entendent, et surtout aiment le candidat : la communication est la clé. Alors il faut avoir les fonds pour se déplacer à travers les 9 834 millions de km² américains, aller à la rencontre des électeurs, organiser des meetings. Ces meetings, qui font la gloire de Trump, ont un coût : le prix moyen d’une convention est de $120 millions et son fameux lâché de ballon qui coûte à lui seul $150 000. 

À cela, s’ajoutent les communications médiatique et digitale : Clinton et Trump ont dépensé plus de 60 % de leurs fonds dans les médias en 2016. Il faut des chargés de communication aptes et performants. Barack Obama avait employé Chris Hughes, co-fondateurs de Facebook, pour la gestion de sa stratégie en ligne. Quand on sait que presque 70 % des Américains utilisent Facebook et considèrent Facebook comme une source fiable, la stratégie justifiait son coût : le système publicitaire de Facebook fonctionne sur le modèle des enchères donc plus la demande augmente, plus il est cher de poster un message publicitaire. Les formes et les moyens ont évolué, le champ d’attaque s’est agrandie et les dépenses aussi.

Comment sont financées les campagnes présidentielles ?
Le financement des campagnes, qu’elles soient présidentielles, municipales, etc.à longtemps fait débat et est encore sujet à des critiques. 

De nombreux scandales et réformes se sont succédé, dont le fameux Watergate scandale lié aux financements douteux de la campagne de Nixon en 1972. Après ce scandale, un projet de loi sur le financement électoral fut mis en place. Il prévoyait un plafond pour les contributions électorales, une limite des dépenses totales, et une obligation de divulguer les détails. Cette loi 1974 fut vivement critiquée et jugée anticonstitutionnelle : elle ne garantissait pas la liberté d’expression protégée par le premier amendement. La réforme de 1976, Buckley V Valeo, corrigeait les points qui faisaient polémique dont le plafond aux contributions. 

Il y a eu d’autres réformes jusqu’à la plus importante qui changea le paysage des financements électoraux : Citizens United V. Federal Election commission, en 2010. Elle découle d’un procès qui opposait Citizens United, organisme à but non-lucratif, et la commission de régulation. La corporation était accusée de publicité politique. L’arrêt rendu par la Cour Suprême des Etats-Unis a statué que l’État ne peut pas restreindre les dépenses de communication quoiqu’elle soit. 

À la suite de cet arrêt, les Super Political Action Committees (En français : comité d’Action Politique) se sont multipliés pour recevoir des fonds illimités et faire campagne en faveur de candidats, de manière indépendante. Une organisation devient un PAC quand elle reçoit ou dépense plus de $1000 dans le but d’influencer une élection fédérale, d’après la définition statuée dans l’acte Federal Election Campaign. Les Super PACs ne peuvent pas contribuer aux campagnes ou partis, mais ils peuvent dépenser autant qu’ils veulent indépendamment des campagnes. La majorité de leurs donateurs sont des milliardaires, groupes d’intérêts et entreprises. Dès l’élection 2012, ces comités étaient prédominants sur la scène politique : Bill Burton, attaché de presse de Barack Obama, gérait un PAC pro-Obama qui leva plus de $79 millions pendant la réélection d’Obama. Tandis que les frères Koch, dans l’industrie pétrolière, ont mené une campagne contre l’Obamacare à travers leur PAC dépensant $36 million dans des opérations publicitaires.

Cependant, les PACs présentent des limites : l’identité des contributeurs doit être révélée à la Commission électorale fédérale. Se multiplient alors les organisations à but non-lucratif, les 501. Celles-ci n’ont pas le devoir de révéler le nom de leurs donateurs. En 2016, on estime à 23,8 % les dons récoltés non déclaré. La plupart des hommes et femmes d’affaires veulent rester en dehors des élections présidentielles aussi longtemps qu’ils le peuvent. Étant donné que la moitié du pays pensent ci et l’autre ça, ils perdraient automatiquement un consommateur s’ils se positionnaient publiquement. Alors ces 501 sont un moyen discret de financer le candidat qui les avantagera à posteriori.

Des pratiques critiquées, mais qui font l’unanimité 
D’après une enquête d’Ipsos en 2016, 93 % des Américains ont répondu oui à la question “Est-ce que les politiciens écoutent plus les donateurs que les bases électorales ?”. Tandis qu’ils sont 77 % américains en faveur d’une limite des dépenses de campagne.

Selon les chiffres de Money in Elections, 400 milliardaires américains sont à l’origine de 19,3 % des contributions totales de 2016. On parle alors de “méga-donateurs”. Contre l’influence de l’argent en politique, les anciens candidats Warren et Sanders, suivis de l’actuel candidat démocrate Biden ont appelé à ne pas accepter l’argent des PAC, des 501 ou tout autre contribution de lobbying. À l’inverse, ils se sont reposés sur leurs apports personnels et les petites contributions (inférieures à $200). Pour le candidat Biden, les petits donateurs représentent 43%, soit $140 millions de son budget électoral. 

Il existe d’autres alternatives comme s’appuyer de l’argent du contribuable. Cependant, cette option oblige le candidat à ne pas dépenser plus de $103 millions. Ces millions sont considérés comme trop faibles, handicapants et la majorité des candidats font le choix de se tourner vers les grands groupes. En moyenne, les grands groupes de donations représentent 50 % du porte-monnaie électoral.

Entre Zoom et des milliards, le coût de la course à la présidentielle 2020 risque de battre un nouveau record 
Alors que l’élection présidentielle 2020 arrive à sa fin, Trump est moqué pour la gestion de son budget électoral à bord de son Air Force One tandis que Biden économisait en faisant des conférences virtuelles via Zoom. 

Qu’importe la façon dont ils ont dépensé leur argent, l’élection présidentielle 2020 sera la plus chère de l’histoire. Il est estimé qu’elle atteindra $10 milliards. En comparaison : Trump avait récolté $957,6 million et Clinton $1,4 milliard en 2016.

D’après Campaign Disclosures, Biden suit ses prédécesseurs démocrates quant à la quantité d’argent qu’ils réussissent à réunir : 

Obama, $193 million en septembre 2016 
Clinton, $143 million en août 2016 
Biden, $365 million en août 2020 
Plus du double de Clinton et établissant un nouveau record avec Obama.

D’après Advertising Analytics, Biden a dépensé $35,9 millions pour des opérations de communication à la télévision tandis que Trump a dépensé $4.8 millions. Le 2 février 2020 lors du Super Bowl, événement majeur du football américain aux USA, près de $10 millions ont été déboursés dans des espaces publicitaires, regardés par près de 100 millions de personne. Les dépenses totales pour des publicités politiques s’établissent à $9,9 milliards en 2020 contre $6,3 milliards en 2016. 

En 2020, il est heureusement encore impossible d’acheter un vote.
En 2016, Clinton était donné gagnante et avait récolté plus d’argent que Trump et pourtant elle a perdu. Cette année, le plus riche était Mike Bloomberg qui est la 8éme plus grande fortune dans le monde d’après Forbes et pourtant, il est désormais éliminé de la course présidentielle. Alors comme le disait Josh Kasich, ancien gouverneur républicain de l’Ohio l’argent ne serait “qu’un élément nécessaire”.

En tout cas, il est sûr que les élections américaines brassent beaucoup d’argent. Les élections indiennes sont aussi chères aussi, mais si l’on rapporte les totaux aux nombres d’habitants, les Etats-Unis dépensent le plus par électeur : $26,5 aux USA en 2016 contre $9,60 en Inde en 2019. Cela ne risque pas d’arriver dans des pays comme le Canada ou le Royaume-Uni où il y a des limites sur le nombre de dépenses. En Allemagne et au Mexique, il y a en plus une régulation du temps d’antenne : Angela Merkel est apparue 156 fois en 2013 contre 13 572 fois pour les candidats américains dans le même laps de temps. Pour ce qui est des présidentielles françaises, un candidat ne doit pas dépasser €22 millions sur toute la campagne : même pas de quoi s’offrir une convention aux Etats-Unis.

Florah VIXAMAR

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